A vous promeneurs du web, lecteurs féru(e)s de découvertes,
moi, jeune auteure passionnée d'art et de culture vous propose de vagabonder au gré de ces pages.
Mon approche textuelle se veut volontairement « diluée » en désignant la banalité, la vie telle quelle – de l'absurde à l'émerveillement – lorsqu'elle se présente à nous.
Au plaisir de vous lire !
Sur une avenue résidaient des passants extraordinaires
Heureux de l’Etre ils sommeillaient rarement
Leurs vies les avaient toujours guidés vers les cieux les plus vastes
Arrivés en haut de leur montagne ils avaient franchi la voie de la vie
Puis, le temps ne fut plus qu’un refuge
Dépassés par l’incertitude ils pensaient,
Ces pensées avaient germé, s’étaient réalisées et avaient pris forme humaine
Pas de bol, la vie s’en allait désormais !
Sourds mais plein d’éclats multiples ils divaguaient dans les rues
A la recherche d’une destinée intrépide c’était du déjà vu mais que voulez-vous ?
Leurs vies jalonnées d’aventures n’étaient plus à leur portée
Lentement leur flamme intérieure s’évaporait laissant place aux spectres de l’infini
Quid du paradis ?
Ils avaient déjà vu tant de choses, la Terre si grandiose avait respecté chacune de leurs attentes
Aucune suite mortuaire possible
Mais ils ne s’apitoyaient pas – le chemin avait été long, leur marche ne les éclairait pas sur leur avenir, et la lumière qu’ils entrevoyaient ne les intéressaient pas…
Ils ne regardaient plus le ballet des avions, l’équilibre précaire était marqué d’étincelles
Leur carnet de route devait être céleste, guidé par l’Etoile de l’étranger
Sur un fonds clair obscur le cœur peinait à dé-battre
Halte de l’horloge, l’homme n’est pas immortel
Dé-liaison en dehors de l’écurie
Littoral magique de manuscrits gantés
Monologue naïf d’un musicien qui nage dans les mythes de sa propre nation
Tintement déraisonné de la corde contre l’arpège. Sortie d’un halo, c’est elle: l’esquisse…
L’une des trois grâces ne se pavane pas mais lie et délie. Les mouvements suivent un tracé équivoque, femme-peintre au tablier-toile. Elle nous rappelle que les contours ne sont pas flous
Dream n°1 :
Racines souterraines, un verger…
Femme-de-terre, l’ocre est la seule couleur visible à nos yeux…
Par sa table-sérail, l’éclosion de nos rêves se fond à travers sa main… tel un guide abstrait
Agencement, fougue de nos sens intérieurs. Elle fait filer les heures… Râle sombre de l’instrument…
Croisée de mains, croisée d’artistes. Main gantée, impermanente – fait face à la danse. Face à ce rivage le choix est inégal, la tenue austère ne laisse pas de résistance,
Les d(i)eux s’entravent. Du fond des temps jaillit une œuvre, remise – en mains propres
Dans une effusion de nuances, mains contre mains, au delà la dame gagne du terrain
Interlude, opacité du spectre. Une convention se noue entre la danseuse et lui. Retour sur soi, introspection : œuvre par-achevée. Silence du cœur et déchirement. Nouvelle moulure à l’abri des ombres. Transfiguration. Éloquence du geste, optique qui se diffuse
Résidus visuels lacérés – coûte que coûte, arrêt
Monde hypnotique, à touches rouges. Rites, à-coups musicaux.
Concept, fusion. La toile nous ralentit, le pinceau s’agace. Paysage onirique toujours pregnant
Sur le toit de l’écriture automatisée, la grâce s’éternise…
Tempo – le peintre s’exprime. Réflexion créatrice, intermède é-toilé. Momentum mécanique
Esquisse d’un autre rêve, place à l’imagination latente. Les idées se superposent, concept d’éternité
Encre qui fuit de notre chair, fin du tracé – ombres à jamais renouvelées
Le noir se mêle au rouge – marche rempart. Refuge illusoire, progression de la toile sans fond
Gong lascif, oscillement de l’esprit. Mesure fixée à travers nos mémoires. Silhouette figée dans le papier.
Dialogue avec Rothko, Carolyn Carlson, Grand Théâtre de Calais, 11 avril 2014
What the Body Does Not Remember by Wim Vandekeybus
[Mise en scène : imperceptible. Pas de rature ou de griffonnage … Tel un charpentier qui épure, le rythme est donné : pas de notation non plus, si ce n’est à la main. Effort mesuré, tambien.
Entre-deux.
Têtes à terres. Réalignement. Portrait de famille, d’initiés. Esquives.
Brykken (f) – bricks : s(p)ort qui se joue toujours à plusieurs, alignés, en règle !
Escadron de fabriques-à-corps, le tout dans une tentative de redimensionnement. Détermination de l’espace, on joue à qui perds gagne.
Jeux d’accords. Dé(tour)nement. Forclusion. Accéleration. Mon alter est beau. FIN]
Spectacle crée en 1987, couronné par un Bessie Award à New York (relation musique et danse)
La danseuse guidée par l’arpège…Dans un flot de mots qui la propulsent, Veronica hypnotise les notes et les renvoie. Transfuge. Accrochée à un fil – qui s’étale, se tord, se noue: légèreté acquise
Comment vous est venue l’idée de ce spectacle ?
Je suis chorégraphe et créatrice contemporaine avec la matière du flamenco. Lors de mes échauffements je mettais les suites pour violoncelle de Bach.
Pour s’aérer, trouver de nouvelles façons de bouger, de ressentir la musique. Puis j’ai eu l’occasion de travailler avec un violoncelliste qui s’appelle Raphael Perraud, (violoncelliste à l’Orchestre National de Radio France). Nous avons fait de l’improvisation lors d’une soirée. Et nous nous sommes revus pour travailler sur la suite numéro 2. On s’est jurés de se revoir et de travailler cette suite pour violoncelle…le temps et la vie a fait que chacun était très occupé d’un côté et de l’autre…
Un jour, en résidence pour une création très différente j’ai remis les suites pour violoncelle.
J’ai rencontré d’autres artistes sur les lieux dont Sylvain qui travaillait sur plusieurs projets dont les suites pour violoncelle de Bach. Je lui ai dit :
– « Ca te dit qu’on se fasse un boeuf ?! »
On s’est rencontrés – en improvisation et, on as décidé de se revoir et de remettre ce projet en route. J’ai écrit la chorégraphie pour la Suite n°5 et n°2.
Il y avait une bonne cohésion entre vous deux : la danseuse et le musicien
Il y avait un écho, presque un fil qui vous reliait…
Oui. On l’as pensé comme ça. C’est un véritable dialogue entre la musique et la danse en général. En l’occurrence la musique de Bach interprêtée par Sylvain qui a sa propre adaptation.
Votre base est le flamenco ?
Je viens du flamenco, je suis identifiée en tant que tel mais j’ai été voir du côté d’autres disciplines de danse telles que la danse classique, le contemporain, …
J’ai des sources d’inspiration qui sont plus superficielles mais qui sont là : les danses urbaines. Le fonds est composé du flamenco et de la danse contemporaine. J’ai donc crée un style à moi – à cheval entre toutes ces disciplines.
Parmi vos influences en danse contemporaine quelles sont-elles ?
J’ai travaillé avec la compagnie Montalvo pendant des années. En tant que créateur il y a des gens qui forcent l’admiration tels que Pina Bausch …
Je vais vous donner un nom qui ne fait pas partie de la danse contemporaine mais qui est vraiment l’essence de la performance : Marina Abramovic – économie du mouvement.
Etes-vous née dans une famille de danseurs de flamenco ?
Je suis née à Toulouse. Ma famille est originaire de Granada, j’ai donc toujours été en connection avec l’Espagne. J’ai eu la chance d’ accéder à la culture classique en France et en même temps à la culture flamenca en Andalousie.
Qu’est ce qui pour vous vibre dans le flamenco, qui fait que cette danse est unique ?
Elle permet d’exprimer le désespoir et en même temps elle comporte beaucoup d’espoir.
Il y a toute la vie à l’intérieur de cette danse. La quête qui est aussi une voie – on est jamais arrivés. On peut exprimer beaucoup de choses simples ou spirituelles: c’est très riche ! En tant qu’artiste c’est une voie qui nous permet de s’affiner, de se questionner… Un art qui peut englober presque tous les aspects de la vie: les grandes joies, les grandes peines, la poésie du quotidien également. C’est surtout un art pluriel. Pour moi ça représente tout ça.
Le flamenco est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2010
Téméraire dans sa danse. Tantôt oiseau-Roi-soleil, tantôt simple mortel,
Sohrâb réagis et ré-ajuste
Exit la notion de temps, il nous dit vouloir : « Aller droit dans l’humanité »
Sohrâb Chitan en quelques dates :
Né en 1987 à Paris,
De 2005 à 2007, il se forme aux techniques de danse Rudra Béjart en Suisse, puis au sein de la compagnie américaine Alonzo King Lines
C’est en 2011 qu’il décide de fonder sa compagnie: TIMEless Ballet
En 2013, la rencontre de Nicolas Noël – chorégraphe et danseur renommé, ancien Coryphée de l’Opéra Garnier, lui permettra de remettre un pied dans la danse
Masque en plumes de pigeon créé par l’artiste taxidermiste Mathieu Miljavac
Vos trois voyages ont l’air « délimités. » On y voit le commencement, la façon dont la planète a été bâtie, l’homme part ensuite à la découverte du monde et ça finit en voyage intérieur…
Ce qui m’intéresse c’est de ne pas vous imposer quelque chose. Il me fallait un fil conducteur pour créer. Si vous avez vu l’inverse c’est très bien vous avez crée votre propre voyage. Ce qui m’intéresse c’est de prendre le public et de dire :
« Voilà, j’ai fait ça, c’est mon histoire. C’est celle de Jeanne aussi » (Jeanne Henry – Comédienne)
Elle dit ce que je ne peux pas dire car je ne parle pas. Dans le mouvement je dis ce qu’elle ne peut pas faire car elle n’est pas danseuse. Au public d’imaginer son propre voyage à travers des musiques. Le masque est clairement la naissance d’une bête qui se transforme en homme.
Vous mettez en scène une époque préhistorique ?
Pour moi ce n’est pas aussi scientifique. Et moi je l’interprète à travers un oiseau, un singe, une bête. Une bête avec des griffes qui a peur de son propre corps et, à travers l’Homme – avec un h majuscule. C’est cette part d’animalité qui nous entoure, et qui fait aussi ce qu’on est aujourd’hui par la barbarie. Nous l’avons en nous mais l’art peut nous sauver.
Je conçois votre danse avec une ouverture de l’âme, de l’homme… Une évolution plus spirituelle ?
Au niveau spiritualité j’ai un rapport très fort entre le ciel et la terre. Je caresse le sol, je ramène et je prends…
Ce rapport entre le divin et l’homme est important, car il me semble qu’à un moment donné on est toujours confronté à un appel à Dieu. On se pose la question à travers notre solitude. C’est évident, je, suis seul sur scène, elle, est seule sur scène. Vous vous fuyez et vous cherchez en même temps ?
Vous vous fuyez et vous vous cherchez en même temps ?
Oui. Jusqu’au moment où l’homme, où la femme, quels qu’ils soient : amants, amis, etc. se retrouvent. Il y a une rupture et un accord dans ces trois voyages.
La dernière partie interprétée sur du Chopin est-elle votre recherche de sublimation ?
Personnellement c’est une histoire d’amour que j’aime transposer là-dessus.
Chopin c’était mon truc, par rapport à mon vécu. La danse classique c’est ma nature et en même temps c’est ma base. Pour moi, c’est important de retrouver aujourd’hui ce côté romantique et classique. Je ne suis pas sûr qu’un danseur contemporain aurait eu la forme physique d’assumer ce que j’ai pu faire. C’est moi ce soir. Par concours de circonstances ça aurait pu être un autre danseur. Mais il aurait fallu qu’il soit classique pour qu’il comprenne le langage. Un danseur contemporain qui ne sait pas faire une première, et qui ne sait pas qu’un dégagé est important (il s’exécute) : il ne comprends pas.
Oui, il y a une sublimation dans le classique. Et en même temps il y a un espoir : par rapport à Sabra et Chatila, ce que l’homme est capable de faire de pire, de détruire. Comme les volcans ont voulu détruire mais, au delà de ça, au crime de l’humanité.
Chopin ça continue et c’est un cercle. A la limite le ballet pourrait redémarrer à zéro.
S’il y avait un message serait-ce une dystopie ?
C’est ma vision du monde. C’était un premier ballet donc je suis conscient que c’était un risque énorme de mélanger du texte et de la danse. Ce sont des essais, des journaux intimes, il y a ce côté très spontané. C’est cela qui m’a intéressé, d’aller droit dans l’humanité.
J’ai laissé la liberté à Jeanne de trouver ses textes.
Jeanne Henry, comédienne
Pouvez-vous me parler de votre façon de travailler l’aspect narratif ?
La dernière partie du ballet avait déjà été crée. Puis, Sohrâb m’a demandé un texte sur le voyage. J’ai alors repensé à ce texte qui est un peu un texte de chevet pour moi.
(Juste la fin du monde, du luxe et de l’impuissance, de Jean-Luc Lagarce)
Je lui ai envoyé un assemblage de deux recueils. Il a ôté une grande partie.
Juste la fin du monde est un texte qui raconte l’histoire d’un homme qui va mourir et qui reviens pour l’annoncer à sa famille, voilà l’une des scènes du début. On a fait ce lien ensemble sur les textes. On a changé des mots pour que ce soit féminisé, par exemple « amoureuse ».
Votre rôle m’a fait penser à l’époque antique…
Oui, Sohrâb ayant une formation de danseur classique que l’on retrouve dans sa base et, travaillant avec des mouvements contemporains, souhaitait retrouver dans le théâtre cette forme de théâtre classique.
Donc on as pensé à la blancheur de la robe, la coupe de cheveux est un clin d’oeil à Ophélie… On avait travaillé sur la partie des guerriers où l’on retrouve une gestuelle antique en référence au théâtre classique.
Et le voile également ?
Ca représente tellement de choses ! On est passé par tellement d’interprétations que je ne sais plus… Rires
Est-ce votre première collaboration avec un danseur ?
Oui, dans ce registre précis.
Vous avez dansé…
Oui, ça c’est fait comme ça, je n’ai pas l’impression d’avoir dansé. Sohrâb m’a poussée à danser. Le comédien se cache beaucoup derrière le texte et le personnage. Jusqu’au dernier moment Sohrâb me rappelait que j’avais des muscles dont je pouvais me servir.
Voyages I, II, III et Cold Ways
14 mars 2014, Théâtre Le Liburnia, Libourne
Propos recueillis le 18 septembre 2013 – Théâtre de Ménilmontant, Paris