Confinés – à l’infini

Confinement

nom masculin
Situation d’une population animale trop nombreuse dans un espace trop restreint et qui,
de ce fait, manque d’oxygène, de nourriture ou d’espace

Définitions donnée par le Larousse on line. Cet état de fait est devenu source de questionnements, de pré-à-vie, et parfois d’indélicatesses.

Chacun le vivant à sa manière. Mon confinement ne sera pas le même de celui du voisin d’en face :  profitant d’une baie vitrée avec un double balcon, des fenêtres coulissantes et d’un jardinet pour la promenade quotidienne du chat,

De ma fenêtre j’aperçois ma cour intérieure et son petit jardin ombragé, il a l’avantage d’avoir été continuellement entretenu par des mains agiles – bien que froissées par le temps. Au delà du magnolia se situe un toit mitoyen, improvisé pour devenir le plus beau des roof tops. Il a été aménagé afin que ses convives se projètent dans la scène la plus enchanteresse des Mille et Une Nuits : tapis persan au sol et poufs pour permettre à l’évasion de rejoindre le confort au vol. 

 

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Au delà d’un bloc d’appartements, un quartier se découvre. Des toits qui se suivent, où l’on croise d’autres voisins avec d’autres habitudes. Comme celui de la rue parallèle que j’aperçois régulièrement avec son chien. Prenant l’habitude de se laisser promener le maître en oublie de saluer les humains rencontrés au passage. Du maître ou du chien on ne saurait dire qui est le plus heureux…

Plus loin, les belles demeures laissent deviner des foyers bien protégés derrière des grilles résistantes, où l’on imagine des enfants emmitouflés dans leurs lits au matin. Présageant une dose plus corsée d’organisation ceux-là ne livrent que peu de choses sur leur vie de confinés.

 

A suivre…

 

Copyright ©  Céline Burr

Copyright Photos © Céline Burr

 

 

 

 

De pourpre et d’or – Cie Les Anges au Plafond, Camille Claudel

Dans ce spectacle mettant en scène Camille Claudel, la compagnie les Anges au Plafond a souhaité montrer la vie d’une femme avec la translucidité de l’albâtre : opaque mais dont la taille permet d’en saisir les facettes 

Camille Claudel rencontre le sculpteur Auguste Rodin à l’âge de 19 ans. Inspirant tout d’abord Rodin dans ses œuvres elle devient  sa muse puis son amante. Praticienne et élève appliquée, Camille disait que « son grand désir, son idéal » est de vouloir habiller l’idée de pourpre et la couronner d’or.

Il est vrai que le besoin de légitimité a jalonné la vie de Camille. Son parcours d’artiste ponctué par la passion amoureuse, la précarité puis l’oubli s’est établi avec toutes les difficultés que pouvait engendrer le fait d’être née femme à cette époque.

La sculpture largement enseignée de façon académique par des hommes ne permettait pas aux femmes de se projeter dans cette profession. Pourtant Camille Claudel brave les préjugés. Cette demoiselle visionnaire et déterminée  issue de la bourgeoisie partage un atelier de sculpture et une chambre avec d’autres jeunes filles.

Cet art exerce un attrait certain en cette fin de 19 ème siècle,  les techniques sont rôdées et l’état fait partie des nombreux  commanditaires.

 

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Celle qui déclamait la liberté à grands cris voit ainsi son atelier recrée via l’espace scénique de Meudon, ville de Rodin. L’interaction avec le public s’en trouve réussie notamment à travers l’utilisation d’une alcôve où des voiles ainsi que des toiles sont tendues. Chaque couche révèle alors une bribe d’histoire qui se superpose au fur et à mesure. Les ombres portées dirigent de façon définitive le regard sur le temps qui fuit.

 

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Accompagnant de leurs voix des instruments à vent ainsi que des objets de verre,  pierre et  papier,  les chuchoteuses et musiciennes de la compagnie font glisser la pièce.

Ce modus vivendi nous permet d’apprécier cette ode féminine dont le drame nous est délivré subtilement.

 

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Camille, héroïne de ses années de formation progresse vers la démence et sa destinée l’entraînera au Pavillon des Agités. La narration juxtapose habilement ce passé et ce futur. On apprends que Paul – le frère et fidèle ami de jeu de Camille lui promet d’être toujours là pour elle même si elle perds la tête.

« Il faut voir avec les mains » disait Rodin. Ce précepte suivi par les marionnettistes présentes in situ pousse cet art un peu plus loin.  D’une marionnette de papier fragile Camille Trouvé forge une œuvre. Contrairement aux détracteurs faisant leur apparition dans les recoins de l’alcôve ses œuvres sont nourries par celle des mains de Camille. Elle nous démontre que le travail de Camille Claudel est également complexe et nous fait entrevoir qu’il abrite un  golem prégnant  fondé sur son rapport avec la matière première.

La compagnie les Anges au Plafond a adapté la vie de Camille Claudel au théâtre avec brio. Les marionnettistes interprètent parfaitement les personnages en faisant ressortir la  satire sociale.

 

 

 

Les Anges au Plafond sont en tournée française et européenne

 

Copyright ©  Céline Burr

 

 

 

 

 

Loup y es-tu ? Magali Chouinard

A l’aide du jeu visuel exclusivement, celle qui engendre une immersion continue provoque l’apparition de nos souvenirs d’enfance. Ame nomade mêle dessin et théâtre de papier dans une installation composée de strates scéniques.

Nos sens avertis tentent de suivre le déroulement : une dame d’un grand âge puis une petite fille apparaissent. On décide de la pister mais déjà elle disparaît dans les méandres de la forêt.

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Il n’est pas aisé de garder sa capacité de réflexion intacte tant le voyage qui nous est proposé nous déroute. Loin de notre monde d’adultes, le trajet est inversé et nous sommes catapultés vers nos promenades enfantines.

Etonnés de ce monde qui nous paraissait à des milliers d’années de la réalité, Magali nous ravit. Artiste renommée au Canada pour ses talents étendus elle a rejoint le théâtre de marionnettes en 2008. Cultivant un onirisme récurrent dans ses mises en scène il y a ici matérialité. Dans ce rôle d’actrice de chair, elle personnifie elle même la malléabilité de la poupée.

On porte un autre regard sur le « Qui manipule qui ? » Finalement on pourrait croire que Magali nous fait entrevoir un spectacle destiné à des adultes en manque d’enfance. Cependant à chacun de faire le choix entre le réel et par conséquent le virtuel généré.

Cet ailleurs qui n’existe que dans l’imagination de cette enfant est porté par des animaux. Ils prennent à leur tour l’initiative de faire s’envoler notre temps présent et même de rapprocher nos songes oubliés. La figure du loup y tient un rôle fondamental : il prend beaucoup de place dans le cœur de la petite fille. Se nouent alors des liens qui vont au delà de la survie. Magali, qui incarne tour à tour, une femme âgée, une jeune fille et une petite fille nous fait découvrir que les dimensions de son jeu sont plus denses.

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Elle rapetisse pour nous laisser entrevoir que tous ses personnages ont la faculté de renaître et de dépasser le vivant. Le corps, la sensorialité et l’âme sont alors unies.

L’enchantement est multi-factoriel et nous berce à l’infini.

Festival mondial des théâtres de marionnettes,

Charleville-Mézières,  22 septembre 2017

Copyright ©  Céline Burr

Icônes

Il y a là des instantanés en voie de disparition. Des inconnus héros malgré eux, aux regards connus, douce allégorie d’un monde qu’il côtoie régulièrement. Du peuple des mortels aux icônes l’impact en est différent. Les traits tirés de certains visages vous alarment montrant la fragilité de l’être.

Photographe du collectif Harcourt, Nikos Aliagas a traversé les effleurements et incertitudes du show-biz français et international à sa façon. Entre acteurs-crooners du grand écran parfaitement épinglés et autres artistes, le silence régnant à la Conciergerie – ancienne demeure des Rois de France nous fait entrer dans l’intimité des personnages plus (im)mortels que prévu. Les lunettes noires agissent tel un révélateur car cette star-là ne montrera pas le reflet de son âme. Tandis que d’autres visages se laissent deviner faisant  ressortir leur bonhomie où du plus profond l’enfant qui sommeille toujours en eux.

Tout en nuances il nous livre un autre regard sur les inconnus interpellés sur sa route. Croisés dans un bref instant de notoriété ils livrent à leur façon un instant de vie, de leurs préoccupations, qu’il parvient aisément à nous transmettre. On se réjouit de voir le bonheur des enfants mauriciens qui distillent « pureté et élégance pas encore abîmés par les désillusions de la vie. »

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Si sa série de clichés D’une main à l’autre implique des mains apprêtées, des mains fermées et d’autres marquées, Nikos nous le révèle « les plus beaux visages n’ont rien à cacher. »

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Au gré de ses voyages on embarque, on entrevoit des visages nouveaux. Ceux qui nous laissent entrer chez eux ne sont pas ceux que l’on croit. La tristesse et les épreuves a façonné les visages et les âmes. En route les paysages deviennent arides, presque désertiques. La simplicité des regards devient bien plus parlante.

Du temps des rites et des croyances on pouvait se faire voler son âme, Nikos a emprunté aux âmes les lueurs qui les animent l’espace d’un instant. Des voix silencieuses qui agitent les murs d’un palais de rois.

Exposition à suivre au Fort Saint-André de Villeneuve-Lez-Avignon

Copyright © Céline Burr

Des bolides et des hommes

Au hasard des clics sur la toile sociale j’ai été propulsée au Tour Auto. Cet événement dont la médiatisation reste relative est un rassemblement mythique pour des collectionneurs automobile de longue date. Néophyte convaincue par mon enthousiasme, je décide donc de m’immiscer dans la longue file qui me mènera à l’exposition initiée par le Grand Palais.

Je dois bien avouer avoir zappé quelques expos au Grand Palais ces derniers temps. Le Tour Auto – pour sa 25ème édition m’offrait l’occasion d’assister à un rallye-escale venu montrer ses plus beaux atours à la Dame de Fer parisienne. Poursuivant sa tournée en reliant quatre étapes le rallye finit sa course à Cannes.

Dans ce showroom de 13 500 m2 ayant abrité soixante ans durant Le Salon de l’Automobile le garage ne prévoit qu’un minimum d’outils à disposition du mécano-collectionneur. L’utilisation d’un chiffon doux est donc indispensable – trois jours d’ancrage méritent bien qu’on s’attarde sur l’allure des championnes.

Un univers entièrement masculin

Doté d’un palmarès mettant en avant certaines marques (Porsche, Ferrari, ..) tandis que d’autres plus modestes et grand public paraissent si justement rarissimes (Renault, Citroën, ..) la collection de voitures se veut synonyme d’élégance et ouverte à tous. Pour expliquer cette contradiction revenons donc à son ancêtre le Tour de France Automobile. Apparue du temps des voiturettes au début du vingtième siècle, ces voitures légères à trois ou quatre roues ont marqué leur époque et les esprits – en particulier celui de Louis Renault. Le Tour fondé par L’Automobile Club de France, ce luxueux cercle masculin de « gentlemen drivers, » pour reprendre leurs termes est le plus ancien automobile club au Monde. Autant dire qu’en 2016 les femmes sont minoritaires au Tour Auto !

Cette atmosphère qui se veut bon enfant ne reflète pas le rallye tel qu’on l’attend : pas de vrombissements en pagaille, les moteurs sont à l’arrêt. Les conducteurs et collectionneurs restent aux anges. Difficile d’ailleurs d’amorcer une conversation : ils ont bien souvent laissé leur voiture au regard des visiteurs. Pourtant il n’ y a pas de buvette aux alentours et peu d’hôtesses à accoster. Il semble que ce lundi l’ambiance est à la détente et à la rencontre des quelques pilotes starisés présents. Les interviewés réunissent la foule d’amateurs en tenue décontractée – dont la majorité ont une cinquantaine d’années. A mon arrivée un pilote zélé guide victorieusement une femme, enfin une fan manquant ainsi de me bousculer.

J’ai ainsi été marquée par la discrétion de ces femmes, épouses ou amies venues afficher un soutien indéniable à leurs proches.Ce sont elles qui immortalisent les reflets chromés sur photo. Seuls quelques groupes de jeunes femmes en guinguette ont réellement eu l’aplomb de s’entremettre aux hommes présents.

Le rallye se féminise

Rétromobile, un site consacré à l’univers de la voiture de collection depuis 1976 a souligné lors de son dernier salon que les femmes ont toujours été présentes sur les rallyes auto.  Julia de Baldanza, femme d’affaires britannique, pilote et collectionneuse concourant depuis 2002, explique avec humour d’où vient son attachement pour les cylindres auto :

Le rallye féminin a connu un regain d’intérêt médiatique notamment grâce au Trophée Roses des Sables auto proclamé « aventure féminine. » Il n’implique pas de course de vitesse mais ses paysages se rapprochent de ceux du rallye-raid Dakar. Ainsi d’autres compétitions féminines ont émergé. Le rallye Aïcha des gazelles, précurseur des rallyes féminins a été crée en 1990. Il rassemble des amatrices qui partagent les mêmes valeurs : liberté et éco-conduite sans GPS.

Le site de La Fédération Française du Sport Automobile (FFSA) m’a ainsi permis d’éclaircir le mystère qui planait autour du rallye féminin.

La Fédération est ainsi la commanditaire d’un nouveau Championnat de France  :

Interrompu en 1990, après la victoire de Christine Driano sur une Citroën AX Sport groupe A, le Championnat de France des Rallyes Féminin a été ‘réactivé’ par la FFSA en 2014. Pour le plus grand bonheur de ces dames !

Nicolas Deschaux, Président de la FFSA précise qu’il n’ y a que « 11% de femmes dans le sport automobile » :

Portées par leur vision et leur identité les femmes pilotes ont à nouveau de beaux jours devant elles.

Bernie Ecclestone,  ancien patron d’écurie de Formule 1 n’a  jamais été reconnu en tant que pilote puisque ses essais ne l’ont pas mené à une qualification, a lors d’un séminaire remis en question les aptitudes physiques des femmes à conduire une Formule 1. Auparavant il avait énoncé d’autres raisons empêchant les femmes d’accéder au summum de la discipline :

Bernie Ecclestone répondait que la principale barrière pour les femmes dans le milieu était économique. « Le problème, et je le regrette, est que beaucoup de femmes qui pourraient sans doute courir aussi vite que des hommes n’en auront pas la possibilité », affirmait-il alors.

Il me paraît d’usage de laisser le mot de fin à une femme, en particulier à la pionnière de la course en Formule 1, l’italienne Maria Teresa de Filippis :

 

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Dessous de soi

Fanons de baleine, cerceaux, rembourrages, laçages, charnières, tirettes, ressorts… Tissus élastiques dissimulés sous l’habit sont mécaniques.

Corsets, pourpoints, fraises amidonnées,

La femme ne porte pas le pantalon: crinolines avec haut orné.. Olé, olé !

Une braie qu’on débraye. 1789 – Révolution de la culotte,

Homme à profil pigeonnant. Faux-culs de femme. Quelles buses avec leurs corps raccourcis !

Et puis les promenades : redingotes et faux mollets.. Manche gigot, ballons féminins,

Quelle tournure prend alors la crinoline : profil d’oie et fesses accentuées.

Tristes hommes qui ont de l’estomac. 20e – Gainage avant, arrière toute.. Rebelote.

 

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