Ici la France..

« C’en est presque effrayant toute cette houle.. Midi pétantes ou peut-être midi deux..  » Cette porte, encore cette porte !  » me claironne mon esprit

Demi fermée ou rien d’autre ne se propage en dehors de grésillements de voix à portée d’oreille

Je traîne les pieds, une fois de plus songeuse en la voyant : parfois ouverte, donnant feu de tout bois sur des paperasses qui n’en finissent plus de s’amasser

Un bureau me scrutant avec sa gueule ouverte ! Toujours plus happé par cette lourdeur, ce grabuge laborieux sur fond de monument – invitant le pèlerin à se confier devant la bouche du loup

Je sais qu’il n y a rien qui donne la peine d’entendre 

La bureaucratie n’a pas l’accent chantant, ce que j’aime moi c’est les cigales 

Elles sont tonitruantes de spontanéité, avec tout cet aura de générosité – sans côté lugubre

C’est ravissant car on ne les voit pas.. On a juste ce besoin de les écouter

De loin on dirait elles, de près c’est autre chose

Une clé laissée là.. Toc, toc.. La porte s’entrouvre

Regard hagard, presque sonné : « la clé.. Oui, merci Madame « 

A 3 on se concerte, ce n’est donc plus cette version-ci de Radio Londres :

Ecoutez bien, écoutez bien les consignes fraternelles que nous vous adressons..

Primo, la mobilité dans les maquis est un élément essentiel de la lutte (…)

Se remémorant ce temps lointain ou la victoire était juste

La guerre est désormais silencieuse et ses grevettes sont chiffrées

Toutes ces fourmis et ce charivari post-hivernal, au moment où elles se démêlent de la saison et décident de chanter.. La moisson attendra.

Copyright © Céline Burr

Syl-la-bus

                   1928 Varsity Eight Crew training for race against Yale

                    par The Happy Rower

MnemonicSuite

Dessouder une énigme restée lasse,
Succession d’une quête à la recherche de soi

Doutes, portes entrouvertes – songes incertains, recoins…

Malle ou armoire qui ne révèle jamais ses secrets…

Sans consigne(s). Pas de recueil, ni de mémoire-à-ondes-qui-vivent,

Pas plus d’héritage moral, pierre modale de la vie

Le vide… Cette impression que vous avez été larguée sur cette terre sans confluent,

Repérage tardif – de la terre à la lune

Là ou il ne semblait pas y avoir de lien, de passage ou d’arrivée était,

La transmission s’était faite… et elle l’avait ignoré.. « Transition effectuée: larguez les amarres pour le vaisseau Syllabus ! »

Mais puisque l’ignorance a une fin, elle écrirait elle même la fin de l’histoire

La clé interne en anagramme, circulation de l’information liée

Cette mémoire engloutie se trouvait ancrée, scellée d’une aura plus forte qu’un simple baptême,

En elle était gravé l’œuvre de trois vies – trois destins

Force gest-iculée, ratifiée et allégée par deux syllabes, un pré-nom,

Voilà la révélation tant espérée..

Plus qu’une fusion, c’était un prolongement de vie(s)

La naissance est un substrat,

La vie un cheminement (mais jamais sans but) et la mort une reconquête pour le prochain venu.

Copyright ©  Céline Burr

Toute reproduction ou copie même partielle est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’auteure

Avant-scène  – Florent Mahoukou

Céline Burr : Pouvez-vous me parler de votre spectacle ?

Florent Mahoukou : C’est une performance que j’ai souhaité mettre en place avec l’utilisation de la peinture. Du maquillage naturel à base de kaolin.

« Dans le nord du Congo, les Mbochi utilisaient cette peinture »

C.B : Cette peinture est minérale ?

F.M : Oui, ce sont des minéraux que l’on utilise en perdurant les traditions. Cette peinture est utilisée dans d’autres danses (imitation des masques).

Pour certaines personnes c’est plus profond. Elle peut être vue comme la sagesse, la purification.

C.B : Y a t-il un rapport avec le sacré ?

F.M : Il y a un rapport avec la vie en général. Dans le nord du Congo, les Mbochi utilisaient cette peinture. Le roi utilise le bleu et le rouge. Le bleu est symbole de paix et le rouge de violence. L’ensemble est symbole de sagesse.

« Je me suis uniquement intéressé à la peinture du corps,

à cette beauté qui est reflétée à travers lui. »

C.B : Pour trouver l’harmonie ?

F.M : Oui. C’est la vie. A partir de cet ensemble, en tant que Brazzavillois et vivant dans la capitale, la tradition est inexistante.

J’ai donc fait un retour à la source. Il y a eu cette forte envie de travailler avec la peinture. J’ai voulu le « déplacer » pour rendre ça plastique, et associer la peinture avec le corps.

C.B : Est-ce que cette technique se transmet ?

F.M : C’est en « voie de disparition ». En tant que jeune citadin du Congo, je suis né à Brazzaville, j’ai grandi là bas et j’y ai fait mes études – nous n’avons pas facilement accès à cette technique. Ou alors on ne s’y intéresse pas, car on s’intéresse aux apports de l’occident.

Dans mon retour vers la tradition, je me suis uniquement intéressé à la peinture du corps, à cette beauté qui est reflétée à travers lui.

Je travaille sur un festival de rue se déroulant à Brazzaville pour la cinquième édition (Festival Rue Dance). Donc mon travail part de la peinture traditionnelle vers l’art plastique.

« Je suis danseuse de Butô. Cet apprentissage m’a été transmis par un maître au Japon »

C.B : Dans votre danse vous utilisez la « peinture de corps », avez-vous des influences ?

F.K : Je travaille beaucoup avec des matières. Lors de mon festival, je mets en place des improvisations, des performances. Nous utilisons des poudres.

Arissa Shirashi (Assistante de création-danseuse de Butô) est venue à Brazzaville durant le festival de l’année 2011. Notre performance a été conduite avec de la boue. Nous travaillons ensemble depuis 2010. Check One c’est un test, une expérimentation sur le travail de la peinture et du corps. J’ai fait appel à Arissa pour obtenir un regard extérieur. Elle maîtrise le travail sur le thème du corps, elle l’utilise également.

C.B : Vos recherches ont commencé à partir de quel thème ?

Arissa Shirashi : Je suis danseuse de Butô. Cet apprentissage m’a été transmis par un maître au Japon. J’habite ici depuis 5 ans. Nous nous sommes rencontrés au CCN de Caen (Centre Chorégraphique National).

« Antony and the Johnsons »

C.B : Où en êtes-vous dans votre processus de création ?

F.K : Nous sommes encore dans la recherche. C’est un travail qui me plaît, je pense garder cette forme dans mon répertoire. L’idée était de faire une recherche et par la suite de travailler avec la compagnie. L’équipe est composée de trois danseurs et Arissa la rejoindra.

La forme d’ensemble deviendra peut-être « Check Two ».

C.B : Avez-vous une playlist musicale à nous communiquer ?

F.K : J’écoute beaucoup de world music : Richard Bona, c’est un camerounais ; Lokua Kanza, il est originaire de la République Démocratique du Congo.

En ce moment j’écoute Antony and the Johnsons et Ben Harper.

Dans toutes ces musiques c’est la douceur qui m’attire.

A.S : Le groupe Antony and the Johnsons a fait un album pour le maître de Butô Kazuo Ohno.

« J’avais encore le sac au dos »

C.B : Comment s’est déroulé votre arrivée ou votre trajet à la Briqueterie ?

F.M : J’enchaîne trois solos en l’espace de dix mois. Je suis arrivé le 27 février. Le lendemain je suis allé au Tarmac de Paris pour interpréter notre projet « Sac au Dos ». Nous avons joué du 11 au 15 juin inclus. Le 17 juin, lorsque j’ai terminé cette représentation, j’ai débuté la résidence d’artiste à la Briqueterie.

J’ai senti que j’avais encore « le sac au dos » alors j’ai laissé passer trois jours !

Le 20 juin j’ai débuté mes recherches sur Check One au CND (Centre National de la Danse à Pantin).

Puis je suis reparti à Caen. Arissa est arrivée au mois d’août et nous avons débuté les recherches avec Gastineau Massamba, peintre congolais. Nous avons essayé beaucoup de choses.

Ensuite, nous avons quitté Caen. Je suis retourné au CND. Et enfin je suis arrivé à La Briqueterie le 02 septembre.

Le spectacle est provocateur : je donne des clés afin que chacun puisse construire une histoire ou une lecture personnelle. Pour moi ça reste une performance. Dans mon regard il y a plusieurs histoires.

J’ai voulu jouer avec des états et des moments.

CHECK ONE, work in progress, Cie FM/Studio Maho,

Les Plateaux: Soutenir la création

La Briqueterie, Vitry-sur-Seine

Copyright ©  Céline Burr

Toute reproduction ou copie même partielle est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’auteure

Danse couplée

 « Plus nous dansons, plus on se connait. La base du duo c’est ça. »

Céline Burr : Le spectacle a été crée en 2011. Qu’est ce qui a évolué depuis la création ?

Gilles Verièpe : Il y a un « vrai » temps de création. Grâce à l’apport de Sylvain Rambert, (Assistant à la création) il y a un regard extérieur. Donc ce regard nous a permis d’allier les transitions, en tout cas les parties. Il y a presque une histoire qui est en train de se dérouler – qui permettra de ne pas rester sur des parties mais une évolution, une dramaturgie se crée.

Au point de vue danse c’est la même depuis deux ans. La seule chose qui a évolué c’est l’interprétation et l’aisance dans le mouvement.

C.B : Avez-vous changé votre façon de performer ce duo ?

G.V : Plus nous dansons plus on se connait. La base du duo c’est ça.

« On se ressemble beaucoup dans la manière de danser »

G.V : Dans « Gilles & Yulia » nous sommes vraiment dans une histoire de couple, d’amour, de dominé-dominant. L’idée c’est aussi :

Celui qui est dominé peut accepter ou ne pas accepter. Et celui qui domine peut refuser ou accepter. C’est à dire qu’à la manière d’un couple il y a des moments ou l’on subit la domination de l’autre et à d’autres moments on est dans le « dominé ».

Nous sommes dans cette idée de relation de couple : en danse.

C.B : Justement, êtes vous un couple dans la vie ?

Yulia Zhabina : Non. On se connaît depuis longtemps. Ce n’est pas une nouveauté. Je n’ai pas passé d’audition et puis il m’a choisie.

On se connaissait déjà. C’est pourquoi nous sommes aussi proches.

G.V : Nous sommes dans une même « lignée » de danse.

On se ressemble beaucoup dans la manière de danser – malgré notre différence d’âge (10 ans environ). Il y a une vraie unité sur scène.

J’aime beaucoup danser ce duo car il y a une affinité avec Yulia qui est de l’ordre de l’intime.

On rentre dans cette intimité alors que nous ne sommes pas ensemble.

« Gilles a voulu que je domine car mon caractère est plus fort en tant que russe. »

C.B : Est-ce que le fait de l’interpréter a modifié votre façon de concevoir le duo ou le couple ?

G.V : En tant que chorégraphe chaque pièce est forcément influencée par notre vie personnelle.

Lorsque j’ai monté ce duo, ça correspondait à une période de ma vie, il y a forcément une influence.

Y. Z : Ça a plus un rapport à notre personnalité. On se connaît, il sait qui je suis dans ma vie personnelle.

Je sais également qui il est dans sa vie personnelle. C’est aussi ça qui a permis la création. Gilles a voulu que je domine car mon caractère est plus fort en tant que russe.

G.V : Nous allons essayer de s’inspirer de notre vie privée pour arriver sur scène mais en même temps on est pas forcément sur scène comme on l’est dans la vie.

« Apprivoiser la culture, ne pas en avoir peur. »

C.B : Quelle est votre humeur du jour ?

G.V : Nous sommes enthousiastes et contents. Les Plateaux : c’est une ambiance différente, en tant que chorégraphe il y a un enjeu.

Il n’y a pas une envie de plaire car…

Y.K : Nous avons envie de plaire ! Nous avons envie que ça fonctionne car ce duo nous tient à cœur.

Face à un public : professionnel ou pas professionnel, il y a une pression à chaque représentation.

Nous sommes dans l’instant présent, le spectacle vivant.

Nous sommes contents d’être vivants et d’être là !

C.B : J’ai lu que des actions de sensibilisation sont données régulièrement autour de votre univers chorégraphique.

Pouvez-vous m’en dire plus ?

G.V : Je suis chorégraphe mais en parallèle je mène des actions pédagogiques dans un but de création.

J’aime travailler avec des amateurs – à tous les niveaux, de la maternelle au lycée. Je travaille également avec des personnes âgées, handicapées.

C’est un aspect que j’apprécie afin de démocratiser la danse contemporaine.

C.B: La pédagogie dans une optique de transmission ?

G.V : Dans une optique de transmission et de connaissance en terme de découverte de la danse contemporaine. Le but est aussi de les initier à d’autres arts.

Apprivoiser la culture, ne pas en avoir peur. C’est accessible à tous. Pour moi c’est important d’apporter la culture peu importe le milieu.

La danse à l’école permets d’avoir du respect vis à vis de l’autre, d’obtenir une cohésion de groupe.

C.B : Il y a l’idée d’une certaine cohésion dans votre travail !

Pour mon travail chorégraphique j’essaye de travailler sur l’idée d’évocation. Donner les clés de compréhension mais pas la fin. Le spectateur va entrer dans son univers poétique en fonction de son vécu.

« Gilles & Yulia » Compagnie Gilles Verièpe,

Les Plateaux: Soutenir la création

La Briqueterie, Vitry-sur-Seine

Copyright ©  Céline Burr

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De novo

Sentir la première note qui glisse d’entre ses doigts,

Oublier le reste – impérativement.

Poursuivre jusqu’à l’obtention d’une mélodie non-conflictuelle,

Permettre à l’harmonie de reprendre le dessus.

Se laisser envahir par le rythme, cette douce mélancolie qui nous transporte en mode mineur,

Mêler improvisation à sensations…

Se souvenir du visage de ce compositeur au sourire mi-malicieux, mi-bienveillant, nous fixant de ses binocles,

« Parti sans laisser la clé ».

Aborder des airs plus dramatiques pour finir net, rattrapé par la vie, le temps qui filent naturellement…

Copyright ©  Céline Burr

Toute reproduction ou copie  même partielle est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’auteure